Futur en Main : Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Clémence : Je suis encore en études à 23 ans parce que j’ai eu un parcours médical compliqué. Je suis aussi artiste peintre en freelance. Je me suis lancée il y a un an après une exposition sur l’endométriose*. Je me considère comme une artiste engagée au quotidien, j’utilise mon travail pour véhiculer des principes. C’est un peu qui je suis.
Futur en Main : Quelle place le dessin a-t-il dans ta vie ?
Clémence : J’ai toujours dessiné, depuis que je suis petite. C’était un marqueur de mon identité. Ça m’a permis de créer du lien avec les autres parce que j’étais très timide. Avant, je dessinais sans objectif, c’était naturel, je jetais mes dessins. Aujourd’hui, c’est devenu un vrai moyen d’expression et un appui émotionnel. Je m’en sers pour m’adresser aux gens et les toucher.
Futur en Main : Est-ce que le dessin t’aide à exprimer ce que tu ressens ?
Clémence : Oui, il y a des sujets comme ma santé que je n’aurais jamais pu exprimer à l’oral. Au début, je dessinais pour moi, pas pour les autres. Je me sentais vraiment mal. Puis j’ai vu que ça touchait les gens, que ça pouvait avoir un impact, et là j’ai compris que j’étais forte dans ça.
Futur en Main : Qu’est-ce que tu ressens quand tu crées ?
Clémence : Ce n’est pas parce que je crée que je ressens, c’est l’inverse. C’est parce que je ressens quelque chose que je crée. Pour l’endométriose, je ressentais de la solitude, de la colère, de la souffrance, et ça s’est traduit dans mes dessins. Parfois ça apaise, parfois ça amplifie les émotions. C’est comme un amplificateur.
Futur en Main : Comment décrirais-tu ton univers artistique ?
Clémence : Mon univers est décalé, un peu loufoque. Je ne fais pas du classique, je ne copie pas le réel. Je représente les images que j’ai dans la tête. Ça peut déranger, mais ça me ressemble. Mon style ne rentre pas dans une case, c’est un style un peu étrange, mais qui permet de créer de la discussion.
Futur en Main : Comment naissent tes idées ou tes projets ?
Clémence : Les dessins viennent naturellement avec les émotions. Si je dessine toujours la même chose, je comprends qu’il y a un sujet à creuser. Pour les projets plus grands, comme les expositions, je réfléchis aussi à ce qui manque dans la société et à comment je peux créer une discussion avec mes moyens.
Futur en Main : As-tu une manière particulière de dessiner ?
Clémence : C’est très instinctif, presque comme une pulsion. Je dessine dès que ça vient, sur n’importe quel support. La musique est très importante aussi, elle m’aide à me mettre dans ma bulle et me donne des idées très précises.
Futur en Main : De quelle œuvre es-tu la plus fière ?
Clémence : Mon exposition “Petites Femmes”. C’est une œuvre à part entière. Elle m’a sortie d’une période très difficile. C’est la première fois que je me suis montrée telle que je suis. Ça a été un tournant dans ma vie, en tant qu’artiste et en tant que femme.
Futur en Main : Comment ton histoire personnelle se retrouve-t-elle dans ton art ?
Clémence : Je ne suis pas capable de dessiner quelque chose que je ne connais pas. Tout ce que je fais vient de mon vécu. Même dans les détails, il y a forcément une part de mon histoire.
Futur en Main : Est-ce que la maladie a fait évoluer ton art ?
Clémence : Oui, énormément. Avant je dessinais en noir et blanc. Avec la maladie, j’ai expérimenté la couleur pour exprimer quelque chose de plus fort. Je me suis trouvée artistiquement à ce moment-là. Même si ça a aussi limité mon art pendant un temps, aujourd’hui ça évolue.
Futur en Main : Quel message veux-tu transmettre avec tes œuvres ?
Clémence : Au départ, je voulais dénoncer des injustices. Puis j’ai voulu donner une voix aux femmes qui souffrent et qui ne sont pas entendues. Mon objectif, c’est de rendre visible ce qui ne l’est pas et de créer un espace d’expression. C’est pareil pour d’autres sujets, comme mes origines vietnamiennes, l’histoire du Vietnam, sa culture, la colonisation ou encore le racisme envers les personnes asiatiques, souvent banalisé : mon objectif reste de donner une voix à ceux qui ne l’ont pas.
Futur en Main : Doutes-tu parfois de toi ?
Clémence : Oui, très souvent. Notamment à cause des réseaux sociaux ou du fait que je ne viens pas d’une école d’art. Mais je me rappelle que ce n’est pas la technique qui compte le plus, c’est l’impact. J’ai réussi à toucher des gens, et ça me donne confiance.
Futur en Main : Qu’est-ce que le dessin t’a appris sur toi-même ?
Clémence : Que je suis résiliente. Je ne pensais pas avoir ces ressources-là. Le dessin m’a donné confiance, de l’audace. Aujourd’hui, j’ose plus, je crois plus en moi. Ça m’a aussi appris que l’art n’est pas secondaire, ça peut avoir un vrai impact.
Futur en Main : Quel message aimerais-tu transmettre aux jeunes qui n’osent pas se lancer ?
Clémence : Il faut continuer à nourrir sa passion, même à côté. C’est précieux d’avoir une passion. Peu importe le niveau ou l’ambition, tant que ça a du sens pour nous. Un jour, ça nous apportera quelque chose. Ce n’est jamais inutile.
Futur en Main tient à remercie Clémence Barbier Pour ce témoignage inspirant ainsi que Célia Simon, alernante à La Direction Enfance Adolescence Famille du Département des Hauts-de-Seine pour la réalisation de l'interview.
* Endométriose : maladie chronique inflammatoire caractérisée par la présence, en dehors de l’utérus, de tissus de même nature que l’endomètre. L’endométriose, qui se manifeste souvent par des douleurs pelviennes, peut être cause d’infertilité.
